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Les Klarsfeld père et fils (Crédit M. Lacroix)

Une opération de diversion - 30/01/1998

Les Klarsfeld père et fils menacent de demander, lundi, la récusation du président qui entend poursuivre le procès en toute impartialité

Bernadette DUBOURG

En l'absence d'audience vendredi, et après l'effervescence de la veille, le palais de justice de Bordeaux a retrouvé une certaine sérénité.
Une sérénité toute relative, cependant, car personne n'exclut qu'Arno Klarsfeld, amplement soutenu, et même guidé par son père Serge Klarsfeld, ne poursuive lundi " l'entreprise de déstabilisation " du président de la cour d'assises et de " sabotage du procès ", débutée mercredi soir par des " révélations " sur un lien de parenté entre le président et des victimes du convoi de novembre 1943.
On sait que dès mercredi soir, les parties civiles, leurs avocats, ceux de la défense ainsi que les magistrats du parquet général, ont apporté un soutien unanime au président Jean-Louis Castagnède dont il ont rappelé l'impartialité, la rigueur et l'humanisme avec lesquels il conduit les débats depuis quatre mois.

Toute confiance

Jeudi, Me Arno Klarsfeld a menacé de déposer lui-même une requête en récusation auprès du premier président de la cour d'appel de Bordeaux si Me Varaut ne le faisait pas. Menace confirmée hier par son père, Serge Klarsfeld, président de l'association des fils et filles de déportés juifs de France. Or, Me Varaut a très clairement fait savoir jeudi que telle n'était pas son intention, critiquant d'ailleurs " l'outrage sans précédent " fait au président Castagnède.
Certes, rien ne dit que Me Klarsfeld ira au bout de sa manoeuvre, trop content déjà d'avoir jeté le trouble, semé la confusion et terni l'image d'un magistrat au dessus de tout soupçon. Rien ne dit, non plus, que si le premier président était saisi d'une telle requête, il prononce la récusation d'un magistrat. D'abord parce que le lien de parenté entre le président et les victimes n'est pas incompatible avec la loi. Ensuite, parce qu'il n'y a aucune raison objective que le premier président retire sa confiance à Jean-Louis Castagnède.
Les choses pourraient se compliquer si Mme Micheline Tauzia, la fille d'Esterina Benaim, et donc la cousine du président Castagnède, se constituait partie civile en mémoire de sa grand mère et de ses tantes, raflées et déportées en décembre 1943. Alors même qu'elle et sa mère, décédée l'an dernier, sont jusqu'à présent restées éloignées de cette procédure, ne prenant même pas contact avec Juliette Drai-Benzazon, une parente éloignée qui s'est, elle, constituée partie civile pour la famille Benaïm.
Manifestement, Mme Tauzia n'a pas mesuré la portée de ses confidences à l'avocat, puisque déjà jeudi soir, son numéro de téléphone n'était plus attribué et hier, un gros cadenas fermait sa maison au Pays Basque.

Isolement

Quoi qu'il advienne, le procès, de toute manière, ne sera ni arrêté, ni ajourné. Il est déjà prévu qu'en cas d'empêchement du président Castagnède, quelle qu'en soit la raison, il soit remplacé par le premier assesseur Jean-Pierre Esperben, lui même remplacé par le premier assesseur suppléant.
A l'exception des Klarsfeld qui ont très clairement " déclaré la guerre au président " au lendemain de la décision de la cour d'assises de remettre Maurice Papon en liberté, et dont on comprend mal, sauf à échafauder diverses hypothèses, le but de la manoeuvre qui servirait à priori davantage les intérêts de Maurice Papon que des parties civiles, personne de toute manière ne souhaite le départ de Jean-Louis Castagnède.
D'autant qu'au terme de quatre mois d'audience, ce serait une forme de remise en cause du procès alors même qu'il a déjà permis, et permet chaque jour davantage, de mieux comprendre l'Occupation à Bordeaux, le drame de la communauté juive et le rôle exact qu'a pu jouer le secrétaire général Maurice Papon au sein de la préfecture régionale.
Le président de la Cour a d'ailleurs lui-même fait savoir que ces événements n'étaient pas " de nature à altérer son impartialité passé, présente ou future " et qu'il " entendait poursuivre le procès ". Au soutien unanime qui est lui apporté, répond l'isolement dans lequel Me Arno Klarsfeld s'est un peu plus enfoncé, aussi bien dans les rangs des parties civiles que dans l'enceinte judiciaire. Même si de cela aussi, Me Klarsfeld veut tirer une certaine gloire.
Lundi, la reprise de l'audience ne sera pas aussi sereine qu'il y a quelques jours encore.


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