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Thérèse Stopnicky ses deux soeurs avaient été libérées puis reprises (Crédit Michel Lacroix)

Le convoi des enfants - 05/01/1998

Le procès de Maurice Papon reprend après une semaine et demi d'interruption. Le procureur général doit interroger l'accusé sur le convoi du 26 août 1942 dans lequel se trouvaient 81 enfants.

Bernadette DUBOURG

Interrompu le mardi 23 décembre dernier pour permettre à Maurice Papon de se reposer, le procès pour " crimes contre l'humanité " de l'ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde de 1942 à 1944, débuté il y a trois mois, doit reprendre ce lundi après-midi à 13 h 30 devant la cour d'assises de la Gironde.
Maurice Papon, 87 ans, a passé les fêtes de fin d'année en famille dans sa propriété de Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne) et ses avocats indiquaient hier que son état de santé s'était un peu amélioré. Il y a deux semaines, le professeur Choussat avait, en effet, constaté une régression, mais non une disparition, de la pneumopathie qui avait déjà entraîné deux hospitalisations de Maurice Papon en octobre et novembre. Il avait alors prescrit un repos de dix jours pour prévenir toute rechute.

Interrogatoire

Les lundi 22 et mardi 23 décembre, juste avant l'interruption du procès, le président Jean-Louis Castagnède a interrogé Maurice Papon sur le convoi du 26 août 1942 qui a conduit 444 personnes dont 81 enfants, de Bordeaux à Drancy (une déportée s'est évadée en sautant du train près d'Orléans). Il s'agit du deuxième des dix convois partis de Bordeaux entre juillet 1942 et mai 1944.
Aujourd'hui lundi, au cours de cette 40ème journée d'audience, ce sera au tour du procureur général Henri Desclaux d'interroger l'accusé sur son rôle dans l'arrestation, la séquestration et la déportation de dix-huit personnes, pour lesquelles des membres de leur famille ont déposé plainte et se sont constitués parties civiles.
Lors de son interrogatoire, Maurice Papon a nié toute responsabilité dans l'organisation de ce convoi. Il a surtout nié avoir donné l'ordre de regrouper les enfants dont les parents avaient été déportés un mois plus tôt, dans le convoi du 18 juillet 1942, et qui avaient été placés dans des familles d'accueil.
C'est notamment le cas d'Henri et de Jeanne Plevinski, agés de 9 et 4 ans, qui étaient hébergés chez Mme Slimermann à Saint-Michel-de-Fronsac, de Nelly et Rachel Stopnicki, 5 et 2 ans, chez Mme Deysieux à Salles (cette dame est citée comme témoin) ou encore d'Ida et Jacques Junger, 7 et 3 ans, accueillis dans une famille à Bordeaux.

Les enfants

Après l'interrogatoire du procureur général, les questions des avocats des parties civiles et de la défense, ainsi que l'audition de quelques témoins, cités par le ministère public et les parties civiles (Denise Descats épouse Deysieux, Serge Bouder, Armand Coplet et Léon Zyguel), la cour entendra cette semaine les parties civiles elles-mêmes. L'émotion sera sûrement intense au souvenir de ces familles décimées.
Armand Benifla, 71 ans, a déjà témoigné le 18 décembre dernier pour son frère, Adolphe, 22 ans, déporté dans le convoi du 18 juillet 1942. Il reviendra pour la mémoire de son père, Maurice, 47 ans, déporté à Drancy le 26 août.
Thérèse Stopnicki avait 10 ans lorsque ses parents et ses deux petites soeurs ont été déportés et sont morts à Auschwitz : " Je ne l'ai appris qu'après la guerre. Pendant longtemps, je n'y ai pas cru. Je m'attendais toujours à ce que la porte s'ouvre et qu'ils entrent ".
Charlotte Griff, 39 ans, a été arrêtée près de la ligne de démarcation et déportée ce 26 août 1942 avec ses quatre enfants, Jeannette, 9 ans, Maurice, 7 ans, Simon, 5 ans, et Léon qui n'avait pas encore 2 ans.
Dans le convoi, il y avait aussi Jules Jacob, 47 ans, Saadia Benaim, 60 ans, Simon Drai, 62 ans, Malka Szpektor épouse Stalkoski, 39 ans, Dora Szpektor épouse Stalkoski, 44 ans et Anna Szpektor, 18 ans, également arrêtées en voulant passer en zone libre
Plus de cinquante cinq ans après leur disparition, leurs familles évoqueront leur souvenir à la barre de la cour d'assises.


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