"Je n'étais qu'un porte-plume" - 12/11/1997

Sous les questions de l'avocat général, Maurice Papon persiste à dire qu'il n'était qu'un exécutant : " le porte plume du préfet "

Compte rendu d'audience Bernadette DUBOURG

Mercredi 12 novembre. Vingt et unième journée d'audience. Après quatre jours de suspension d'audience, Maurice Papon pénètre lentement dans le box des accusés, sa sacoche de cuir à la main. Comme vendredi, Me Vuillemin prend place à ses côtés pour lui passer les documents au fur et à mesure qu'ils sont évoqués.
Le président Castagnède redonne la parole à l'avocat général Marc Robert pour qu'il poursuive l'interrogatoire de l'accusé sur ses attributions à la préfecture de la Gironde entre 42 et 44 : " La semaine dernière, nous avons constaté que Maurice Papon avait autorité sur huit services nés de la guerre, notamment le service des questions juives. Je voudrais maintenant l'interroger sur les instructions qu'il donnait aux services de police et pour l'internement des juifs ".
Avec toujours autant de rigueur, Marc Robert donne lecture de différents ordres d'internement ou de tranfert de juifs étrangers, signés par le secrétaire général de la préfecture.

Signatures

Maurice Papon établit tout d'abord " une distinction entre police administrative et police opérationnelle " , avant d'affirmer : " Si je donne des instructions, c'est toujours au nom du préfet régional. J'avais une signature sans responsabilité. Quitte à me répéter, ce n'est pas le secrétaire général qui signe, mais le secrétaire général pour le préfet régional ".
La plupart du temps, Maurice Papon reste assis. S'il répond parfois qu'il " ne se souvient pas, 55 ou 56 ans après ", il témoigne tout de même d'une étonnante pugnacité, souvent teintée d'ironie.
Cependant, lorsque les remarques de l'avocat général l'agace, il se lève et d'une voix exaspérée, lâche : " Ce qui m'étonne dans ce débat, c'est qu'on ne ressort et ne montre que des papiers signés par mes soins. On ne voit aucun papier signé par le préfet régional lui-même, le préfet délégué Boucoiran ou le directeur de cabinet Chapel ". Plus tard, il lance à l'avocat général : " Je vois bien votre tactique, vous prenez des documents et vous enfoncez le clou ". Me Varaut qui s'insurge à son tour contre " cette sélection de pièces signées Maurice Papon ", annonce alors qu'il déposera aujourd'hui des conclusions tendant à faire verser aux débats l'ensemble des archives de l'Intendant de police, du camp de Mérignac et du Fort du Hâ ".
Cette première partie de l'interrogatoire dure depuis une heure et demi. L'avocat général aborde le dernier de ses trois volets : Les pouvoirs de Maurice Papon sur l'internement des Juifs. Il évoque une première note adressée au commissaire de police de Lesparre pour faire respecter une loi de décembre 1943 sur l'apposition du timbre juif sur les cartes d'alimentations.

Rétroprojection

Pour la première fois depuis le début du procès, le président utilise le rétroprojecteur. Sur trois écrans, tout le monde peut découvrir ce document que Maurice Papon présente comme une " minute ", autrement dit " la reproduction de l'original ".
Après un incident entre Me Levy et Maurice Papon, l'avocat général poursuit sur un ordre d'arrestation et de transfert à Drancy de quatre juifs hongrois en mars 1943. Le président décide, là encore, de projeter le télégramme du ministère de l'Intérieur à la préfecture régionale en date du 21 mars, la lettre du secrétaire général à l'intendant du police le 22 mars, la lettre du chef de service de la sécurité publique au commissaire central du 22 mars, le rapport de l'inspecteur Faure du 27 mars qui a conduit deux Hongrois le 24 à Drancy, le " reçu " du camp de Drancy et un compte rendu du 1er avril de l'intendant de police au préfet délégué.
" Je ne comprends pas très bien le mécanisme de cette affaire " commente Maurice Papon qui affirme que la lettre qu'il adresse le 22 mars n'est qu'un " document de régularisation, au lendemain de l'arrestation de MM. Kahtz et Bleuer ".
" Maurice Papon avait bien délégation pour traiter des questions juives, et dans ce cadre, il a émis plusieurs ordres de recherche, d'arrestation et de conduite " conclut cependant l'avocat général.
Maurice Papon qui se réfère plusieurs fois aux conclusions du jury d'honneur, de l'expertise historique de la première instruction et des propres déclarations de Maurice Sabatier, répète : " J'étais un porte-plume, J'essayais certes d'être un porte plume intelligent, et ce n'est pas toujours facile. "
Après la suspension d'audience, c'est au tour des parties civiles d'interroger Maurice Papon sur son rôle à la préfecture de la Gironde. Me Lévy et Me Blet donnent connaissance à leur tour de plusieurs documents qui portent la signature de Maurice Papon. Soudain, vers 19 h 15, l'accusé range son stylo en or, plie ses lunettes et s'appuie contre le dossier de son fauteuil. Il ne répond plus alors que par des formules lapidaires : " Et alors ? ", " Ca m'est égal ", " C'est votre interprétation, gardez-la si vous voulez ".
Le président décide que les parties civiles poursuivront leurs questions jeudi.
L'audience reprend à 13 h 30.


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