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Une réunion des parties civiles pour envisager la conduite à tenir.(Crédit P.Taris)

Dans le vif du sujet - 13/10/1997

Maurice Papon comparaît libre, lundi après-midi, devant les assises de Bordeaux, au quatrième jour de son procès pour crimes contre l'humanité

Bernadette DUBOURG

Le procès de Maurice Papon, 87 ans, débuté mercredi dernier et interrompu vendredi après-midi après sa remise en liberté, doit reprendre aujourd'hui, lundi à 13h30 devant la cour d'assises de la Gironde.
Maurice Papon qui, entouré de son fils et sa fille, a passé son week end à chercher un hôtel en région bordelaise, arrivera donc au palais de justice en homme libre. Ou presque. Puisque, comme la semaine dernière, il sera escorté de plusieurs policiers du raid et du GIPN, attachés à sa sécurité. La voiture blindée pénétrera à l'arrière du tribunal et Maurice Papon entrera dans le box des accusés, entre deux policiers. La semaine dernière, déjà, il n'avait pas de menottes.
En le remettant en liberté sans le moindre contrôle judiciaire, le président Jean-Louis Castagnède et ses deux assesseurs Jean-Pierre Esperben et Irène Carbonnier, ont également manifesté à Maurice Papon une grande confiance puisque sa présence, chaque jour devant les assises, dépend maintenant, sinon de sa bonne volonté, du moins de sa seule responsabilité.

Libre de venir

Certes, en liberté comme en détention, Maurice Papon n'est pas à l'abri d'un ennui de santé. Même si son avocat Me Jean-Marc Varaut après avoir longuement plaidé " le risque vital " de " ce grand cardiaque ", assurait en souriant vendredi que " la liberté est la meilleure thérapeutique ".
Dans l'hypothèse d'un empêchement pour " raison de santé ", la cour suspendrait le procès aussi longtemps que l'état de l'accusé le nécessiterait. Maurice Papon pourrait également refuser de comparaitre et le procès -comme celui de Klaus Barbie- pourrait se poursuivre sans lui.
Dans l'hypothèse, peut-être moins probable, où Maurice Papon disparaitrait tout simplement, on pourrait considérer qu'il est en état de fuite et le président Castagnède devrait user de son pouvoir discrétionnaire pour le faire revenir dans le box ou prendre toute autre mesure nécessaire. Dans l'absolu, le procès pourrait même être renvoyé.
Il est vrai que ce cas d'école ne s'est encore jamais présenté tant il est vrai que s'il est déjà rare qu'un accusé comparaisse libre devant les assises, il est encore plus rare, voire unique, qu'il soit remis en liberté au premier jour ou presque de son procès. Un procès qui devait durer deux mois et demi et qui pourrait éventuellement se prolonger au delà de Noël.
Maurice Papon qui plaidera son acquittement est peut-être moins pressé d'en finir que s'il était en prison. En trois jours, le procès a déjà pris du retard. Les 169 pages de l'arrêt de renvoi qui devait être lu aujourd'hui ne le seront sûrement pas avant demain. La cour, en effet, n'a pas fini d'appeler les 132 témoins cités par les parties. Elle s'était arrêtée à cet acte de procédure, jeudi soir, et n'a eu que le temps d'appeler Pierre Pasquini vendredi après-midi, lorsque les parties civiles ont demandé une suspension d'audience jusqu'à lundi pour " arrêter une position commune ". Il reste également à recevoir de nouvelles cosntitutions de parties civiles.

Manifestations

Cet après-midi, l'audience pourrait d'ailleurs être retardée par la manifestation organisée dès 13 heures devant le palais de justice de Bordeaux à l'appel, notamment, de l'association des fils et filles de déportés juifs de France que préside Serge Klarsfeld et que représentait encore la semaine dernière, son fils Arno (1).
Vendredi après-midi, Me Arno Klarsfeld, qui était aussi l'avocat de neuf des trente cinq personnes parties civiles, avait brusquement quitté l'audience en lançant au président : " Ce procès n'a plus de sens ". Me Michel Touzet demeure leur seul avocat. Me Gérard Welzer, arrivé il y a peu de temps dans le dossier et avocat de deux familles, a décidé lui aussi ce week end de se retirer du procès.
Par contre, les autres avocats des parties civiles qui se sont réunis dès vendredi après-midi ont décidé d'être présents aujourd'hui à la reprise de l'audience et de se " montrer plus combattifs que jamais afin de démontrer la culpabilité de Maurice Papon ".
Me Gérard Boulanger qui représente les 26 autres parties civiles, a également annoncé son intention de demander au gouvernement une modification de la loi afin d'éviter, comme c'est le cas actuellement, que si Maurice Papon est condamné, il ne reste pas en liberté jusqu'à l'examen du pourvoi en cassation qu'il ne manquerait pas de former.
Dimanche, plusieurs associations dont le CRIF, SOS racisme, la Licra et Bnai'Brith ont organisé une première manifestation à Paris. " Le président Castagnède a dérobé au peuple français le droit qui est le sien de condamner effectivement un criminel contre l'humannité " a notamment déclaré Serge Klarsfeld qui a annoncé une série d'autres rassemblements devant le palais de justice de Bordeaux, à partir d'aujourd'hui lundi. De son côté, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) espérait toujours un " procès équitable " malgré " la grave décision " de remettre Maurice Papon en liberté.

Raymond Barre

Le procès qui reprend donc cet après-midi ne devrait cependant réellement débuter qu'après la lecture de l'arrêt de renvoi, lorsque la cour et les jurés -un peu oubliés jusqu'à présent- examineront le curriculum vitae de Maurice Papon, en faisant toutefois l'impasse sur la période de la guerre qui sera examinée ultérieurement avec les faits.
L'examen de la personnalité de Maurice Papon qui a refusé de répondre aux investigations des experts psychiatre et psycholgoque, était initialement prévu jusqu'au mercredi 22 octobre. Il sera question des nombreuses fonctions qu'il a occupées après-guerre, notamment comme préfet de Corse, de Constantine, de Paris, député du Cher, maire de Saint-Amand-Montrond puis ministre du budget de Valéry Giscard d'Estaing de 1978 à 1981.
Me Varaut a également fait citer de nombreux témoins de moralité parmi lesquels l'ancien premier ministre Raymond Barre et l'actuel maire de Saint-Amand-Montrond, Serge Vincon, qui ont confirmé leur présence vendredi prochain 17 octobre.
Les premiers témoins sont attendus demain mardi. Le grand rabbin Jospeh Sitruck doit venir mercredi, puis jeudi, ce sera le tour de l'ancien premier ministre Pierre Messmer qui, en 1971, a inauguré le lycée Jean Moulin aux côtés de Maurice Papon à Saint-Amand- Montrond. Enfin, Olivier Guichard viendra vendredi.
Mercredi après-midi, la cour doit également rendre son arrêt à la suite de la demande de Me Varaut d'interrompre " ce procès inéquitable " qui viole la convention européenne des droits de l'homme.
Quelle que soit la décision, ce procès unique par l'accusation de " crimes contre l'humanité " et la personnalité de l'accusé, réserve surement encore bien des surprises.

(1) Les avocats de l'Institut des droits de l'homme du Barreau de Bordeaux dépo seront une gerbe, aujourd'hui lundi à 13h15 au palais de justice de Bordeaux, à la mémoire de Ludovic Trarieux, ancien bâtonnier du barreau de Bordeaux et fondateur de la Ligue des Droits de l'Homme et du citoyen à l'occasion du centième anniversaire de la lettre de Ludovic Trarieux au Garde des Sceaux pour protester contre la condamnation injuste du capitaine Dreyfus. Le bâtonnier Bertrand Favreau, président de l'IDHBB, est également partie civile au procès Papon pour la Ligue des droits de l'Homme.


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